Faut-il forcer les hommes à reconnaître les femmes ?

rosie the riveter we can do it

Début janvier, la sélection des auteurs éligibles au Grand Prix de la prochaine édition du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême faisait débat. En effet, sur 30 noms ne figuraient absolument aucune femme. Si certains dénonçaient une discrimination évidente, un acte de sexisme éhonté, d’autres prétextaient une simple coïncidence, voir un manque de candidates potentielles.

Pour ma part, cette polémique, m’a renvoyé à bien d’autres et à la représentation des femmes de manière générale. Content de retrouver mes chères cookivores après deux horribles semaines de partiels (au fait, bonne année !), je reviens, pour toi, sur cette polémique, mais aussi la sous-représentation des femmes au sein de notre société actuelle. Tout cela afin de tenter d’apporter un premier élément de réponse à cette question que personne ne semble vouloir formuler : faut-il forcer les hommes à accorder plus de reconnaissance aux femmes ?

Jeu du hasard ou sexisme ordinaire ?

Le Collectif des Créatrices de Bande Dessinée contre le Sexisme, qui appelait sur son blog à boycotter le vote des auteurs pour la détermination du gagnant du Grand Prix du Festival d’Angoulême (les auteurs doivent voter parmi les 30 noms présélectionnés), soulignait non seulement l’étrange sélection du Grand Prix de la prochaine édition mais rappelait aussi que, en 43 ans de Festival, une seule femme : Florence Cestac avait reçu cette distinction. Distinction qui, par ailleurs, « n’est pas seulement honorifique, il a un impact économique évident : les auteur.e.s vont être mis en avant médiatiquement, la distinction aura un impact sur la chaîne du livre dont bénéficieront libraires, éditeurs… et l’auteur.e primé.e. »

Or, des auteures, il y en a : ainsi Riad Sattouf, l’auteur génial de L’Arabe du Futur et lui-même nominé, postait sur sa page facebook : « J’ai découvert que j’étais dans la liste des nominés au grand prix du festival d’Angoulême de cette année. Cela m’a fait très plaisir ! Mais, il se trouve que cette liste ne comprend que des hommes. Cela me gêne, car il y a beaucoup de grandes artistes qui mériteraient d’y être. Je préfère donc céder ma place à par exemple, Rumiko Takahashi, Julie Doucet, Anouk Ricard, Marjane Satrapi, Catherine Meurisse… »

Dès lors pourquoi une telle disparité dans la reconnaissance du travail des hommes et celui des femmes ?

Un dénouement heureux, pour cette fois

En réaction aux critiques qu’il a dû essuyer, le Festival a décidé de supprimer toute liste de pré-sélection pour le Grand Prix de cette année. Comme dit dans un communiqué : « Aucune liste de noms de créateurs/créatrices du 9e Art ne sera, par conséquent, proposée à leur vote, et il leur reviendra de choisir (aux auteurs), en toute liberté, le nom du confrère ou de la consœur qu’ils/elles souhaitent élire en tant que Grand Prix. »
Et dans le même communiqué : « Le Festival espère ainsi que le processus d’évolution en cours de féminisation de la création dans le domaine de la bande dessinée trouvera, au moment que les auteur.e.s eux/elles mêmes jugeront opportun, une forme de reconnaissance via ce Grand Prix. »

Et personnellement, je dois bien dire que j’y crois. Je crois, un peu naïvement peut être, que le Festival n’a pas voulu être discriminatoire dans sa sélection, qu’il relève plus, ici, d’un processus inconscient de relégation des femmes au second rang ou d’oubli pur et simple de leur existence. Seulement, l’un n’excuse pas l’autre et ce phénomène est bien loin d’être propre au neuvième art.

Les femmes trop sous-représentées ?

Je me suis penché sur le nombre de femmes aux sommets des trois pouvoirs de notre État : l’exécutif, le législatif et le judiciaire ainsi que sur les récompensés dans les principales distinctions du Cinéma et de la Littérature. Les résultats sont les suivants :

Gouvernement – Gouvernement Manuel Valls 2 :

17 ministres – 9 femmes – 52,9%

16 secrétaires d’Etat – 7 femmes – 43,7%

Chiffres calculés le 15/01/16, depuis une liste postée sur le site du Gouvernement

Assemblée Nationale :

577 députés – 151 femmes – 26, 2%

Chiffres calculés le 15/01/16, depuis une liste postée sur le site de l’Assemblée Nationale

Sénat :

348 sénatrices – 91 femmes – 21,1%

D’après le site internet du Sénat

Conseil Constitutionnel :

10 membres – 3 femmes – 30%

A voir : le Magnifique trombinoscope sur le site web du Conseil

Palme d’Or au Festival de Cannes (ou avant 1955, du « Grand Prix du Festival international du Film ») :

Sur les 20 dernières années : 0 femme

Depuis la création du prix :

79 récipiendaires depuis 1939 – 2 femmes : Bodil Ipsen (co-récipiendaire avec Lau Lauritzen Jr.), en 1946, pour La Terre sera Rouge et Jane Campion, en 1993, pour La Leçon de Piano, seule femme à avoir reçu une Palme d’Or en 60 ans !

Ratio : 2,5% !!!

Prix Goncourt :

Sur les membres de l’Académie : 10 membres – 3 femmes – 30%

Sur les président(e)s (depuis 1944) : 7 président(e)s – 2 femmes – 28,6%

Sur les lauréats du prix Goncourt (depuis 1944) : 71 lauréats – 9 femmes – 12,7%

Création Internet :

Qui peut me citer une youtubeuse célèbre, ayant fait carrière seule, sans avoir eu à faire aucun tuto maquillage et qui n’est pas Natoo Odzierejko ?

1 femme pour 2 hommes

parité homme femme travail

Ces chiffres ne sont pas significatifs. Ils n’émanent d’aucune agence de presse, n’ont aucun caractère officiel, ils ont simplement été calculés par moi, mais pour inviter surtout la lectrice (ou le lecteur parce qu’à Thé et Cookies, on n’est pas sexiste) à mener sa propre investigation sur ce bien triste état de fait. En 2016 encore, bien qu’une femme ait accès à toutes les carrières, elle aura toujours moins de chances qu’un homme d’être reconnue et récompensée pour son travail.

C’est 1 femme pour 2 hommes à l’Assemblée Nationale, au Sénat, au Conseil Constitutionnel, au Prix Goncourt. C’est 1 femme pour 97 hommes au Festival de Cannes !

On est en droit de s’interroger sur un tel constat. Après tout, tout le monde ne peut pas être machiste et un tel résultat ne peut être dû qu’à une discrimination primaire et frontale.

Un début de réponse est peut être apporté par le Collectif des Créatrices de Bande Dessinée Contre le Sexisme qui conclut plutôt bien : « Quel est donc le message envoyé aux autrices de bande dessinée et à celles en voie de le devenir ? On voudrait les décourager à avoir de l’ambition, à poursuivre leurs efforts, que l’on ne s’y prendrait pas autrement. On en revient à la notion de plafond de verre, toujours aussi désastreux : on nous tolère mais pas en haut de l’affiche. Les femmes en bande dessinée, doivent rester des « auteurs confidentiels » par usage ? »

Et si, en réalité, les femmes de la génération suivante s’étaient détournées des postes de pouvoirs ou des domaines de la création ? Si faute de modèles à qui s’identifier, d’icônes fortes leur montrant que la réussite est possible, elles avaient tout simplement revu leurs exigences et leur ambition à la baisse ? Si elles s’étaient dit que ce n’était pas possible, que la voie est sans réelles débouchées pour elles et si elles avaient, de ce fait, décidé, d’en changer ?

Comment alors aller vers plus d’égalité si l’équation est biaisée dès le départ ? Comment augmenter le nombre de femmes parmi les hauts postes et les prix les plus prestigieux si il y en a de plus en plus qui, découragées, n’osent même plus y prétendre ?

Les quotas, solution miracle ?

Il faut d’abord, encourager les femmes, leur rappeler que non, ça n’est pas perdu d’avance, que oui, si elles travaillent dur, elles pourront être reconnues, au même titre que les hommes. Et pour cela, pas de secret, il faut plus d’exemples de femmes qui ont réussi. Plus d’exemples de femmes qui sont reconnues et saluées pour leur travail, leur talent et leur génie. Il faut sortir de ce système où pour 3 postes à pourvoir ou 3 prix à recevoir, 2 sont décernés à des hommes. Et certains, pour répondre à l’insuffisante représentation des femmes, à la stagnation des mentalités et aux vieux réflexes machistes, proposent la mise en place de quotas, dans le cinéma ou à la télévision, comme ceux-ci existent, à l’égard des minorités ethniques, aux Etats-Unis, par exemple.

Cette notion, qui correspondrait plus, ici à une parité légale homme-femme s’apparente à la discrimination positive. Elle est, pour l’heure, vivement critiquée en France, pour son aspect superficiel ou pour la discrimination qu’elle créerait vis-à-vis de l’autre sexe. Les femmes, enfin, méritent elles aussi mieux que de voir leur travail reconnu uniquement pour des considérations mathématiques.

Tous ces arguments sont autant de points qui me font moi-même douter de la pertinence d’une telle mesure. Pour autant, devant le besoin criant de parité qui perdure en France, peut-on vraiment attendre que le temps fasse son œuvre s’il faut risquer, par cette voie, de voir de moins en moins de femmes ne saurait-ce que tenter d’atteindre la reconnaissance ?

Les quotas ne sont sans doute pas la solution la plus satisfaisante ou la plus morale qui nous est offerte. Mais c’est peut-être la seule qui s’avérerait véritablement efficace.

Et toi, à titre personnel, que penses-tu de la liste exclusivement masculine du festival d’Angoulême ou de l’absence de femmes récipiendaires de la Palme d’Or ?

Penses-tu qu’un quota minimum de femmes dans les pré-sélections (ou de manière générale) serait une solution ?

Images : Pixabay

Gary

A propos de Gary

Étudiant en journalisme et cow-boy de l'espace à mes heures perdues, je suis passionné d'écriture depuis que j'ai l'âge de tenir un stylo. Féministe convaincu, je verse beaucoup dans les questions de genres et d’égalité des sexes. J'espère que mes articles vous feront réfléchir ou vous fileront la patate. C'est pour ça que j'écris. ;)

Un commentaire sur “Faut-il forcer les hommes à reconnaître les femmes ?

  1. Enigma

    Ton article est vraiment très intéressant! 🙂

    Répondre

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