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violences conjugales

C’est le nombre de coups qu’a reçu cette jeune fille réunionnaise de 22 ans par son soi-disant compagnon il y a quelques jours de cela dans la banlieue lyonnaise. Je suis extrêmement choquée d’autant plus que c’est une compatriote et que nous sommes peu nombreuses en Métropole. Je suis indignée aussi par cette violence, cet acharnement : peut-on me dire ce qui justifie 120 coups de couteaux ? Peut-on aimer au point de tuer ?

La violence conjugale est un sujet sensible qui touche plus de gens que l’on ne croit. J’en fais partie. Je n’en ai jamais parlé, à qui que ce soit de cette nuit-là mais aujourd’hui ma colère est bien trop forte pour encore garder mon calme. Pour moi, mourir dans des conditions pareilles est tout simplement inadmissible.

C’est un combat qui m’a toujours interpellée, je suis très impliquée dans cette lutte pour que les femmes puissent avoir le courage de parler et surtout de partir.

Une dure réalité à accepter

C’est difficile de se dire que celui qu’on aime nous a fait du mal. C’est admettre que le partenaire que l’on a choisi n’est définitivement pas le bon. Oui, j’écris définitivement car je ne crois pas en la personne qui « tape-sans-faire-exprès » et qui ne recommencera plus. Ce n’est pas possible : rien que l’idée de penser que quelqu’un mérite des coups c’est juste insensé. Je peux comprendre qu’il faut du temps pour se remettre en question ou pour préparer son départ mais il faut partir. Il faut se poser cinq minutes et refaire calmement le film de ce qui s’est passé : la personne que vous aimez, vous a fait du mal, il vous a frappé. Violemment. Est-ce grave ? Aurait-il pu aller plus loin ? Si les réponses sont affirmatives alors il n’y a plus de doutes…

Clip Musical de sensibilisation de la chanteuse Inna Modja

Quand papa tape maman

J’avais 10 ans. C’était le soir de mon premier McDonald’s, je me souviens que j’étais pressée de rentrer manger ce tout premier Happy Meal. C’était une véritable révolution : premier Macdo à la Réunion.
Et puis, je ne l’ai pas mangé. Parce qu’à la fin de cette soirée j’ai été occupée à soigner les blessures de maman. Inutile de dire que c’est un acte qui marque la vie d’une petite fille. Cela brise ses rêves sur les hommes, cela renforce ses craintes envers eux et surtout cela augmente sa peur de mourir.

C’est la seule fois où j’ai eu extrêmement peur pour elle. Pas pour moi. Je ne dormais plus la nuit, je me levais à chaque fois pour vérifier qu’elle respirait encore. Je m’efforçais de faire tout ce qu’elle me demandait et je ne pouvais pas la regarder dans les yeux. J’aurais fondu en larmes immédiatement et je ne voulais pas flancher : c’était assez dur comme ça.

Cet évènement a changé ma vision de l’amour. Je me suis efforcée de ne pas généraliser et de me dire qu’on est maître de son destin : si un homme pose la main sur une femme c’est à elle de savoir dire stop et ne pas attendre qu’il change. Ne pas penser que c’est un acte isolé. La violence physique est généralement quelque chose qui se répète et ressurgit au moment où l’on s’y attend le moins.

J’ai mis du temps avant de me dire que mon père ne reviendrait pas la tuer. J’en ai fait des cauchemars, des crises d’angoisse et j’en ai beaucoup pleuré. Je suis devenue sereine quand il a refait sa vie et qu’il nous a oublié : au moins il n’était plus obsédé par elle.

Le courage de partir

Ma mère a préparé son départ minutieusement pendant des mois sans que nous le sachions. J’ai fait ma rentrée en 6ème et quelques jours après elle m’annonçait que l’on déménageait. J’étais soulagée. Fière qu’elle ait eu ce courage de se sauver et nous par la même occasion. Pendant longtemps, j’ai souffert de ce déménagement : je quittais mes amies d’enfance, ma famille et j’arrivais en cours d’année dans un nouvel établissement.

Mais avec le temps, j’ai compris qu’elle avait eu le courage de s’en sortir. Pour elle ce n’était pas facile de s’émanciper alors qu’elle connaissait mon père depuis toujours. Cela n’est jamais simple d’élever deux enfants, seule, en ayant peur parfois qu’il revienne…

violences conjugales

Savoir aller de l’avant

Quand on est victime de violence non seulement on a des traces de coups qui mettent des mois à partir mais nous avons aussi des bleus au cœur. C’est une agression, voir parfois un meurtre, qui à mon sens n’est pas assez mis en lumière. Combien de femmes meurent sous les coups ? Combien de gestes sont passés sous silence ?

Trop.

Comment vivre avec cette frayeur, cette méfiance ? Comment se dire que l’amour ce n’est pas ça ?

Je pense qu’il faut être bien entouré(e). Par des gens qui ne te jugent pas. On ne choisit pas une personne violente mais on peut choisir de partir quand elle le devient. Pour moi rien, absolument rien ne justifie la violence conjugale. C’est un geste irréversible et impardonnable.

On pense souvent qu’il faut rester pour éviter le pire. Mais en restant près d’une personne violente, elle pensera que son acte n’est pas si grave puisque vous êtes encore là. C’est un cercle infernal.

C’est quelque chose qui me révolte, me dégoûte surtout quand j’entends les personnes qui osent lever la main dire « qu’ils aiment profondément » ou pire « c’est par amour ».

Enfin, j’imagine la peine d’une mère découvrant sa fille morte, défigurée par 120 coups de couteaux venant de la part d’un être disant l’aimer. Aucun de mes mots ne peuvent apaiser cette peine, c’est une perte inconsolable et révoltante.

On ne s’en sort pas indemne de ce genre d’épreuve. Avoir vu ma mère ainsi m’a fait faire des choix différents, je parais dure comme fille et surtout il me faut plus que de belles paroles pour croire en l’amour. Je ne laisse personne élever la voix sur moi et d’ailleurs je me laisse pas faire en général.

Je salue le courage de ceux et celles qui osent en parler à leurs risques et périls et j’encourage ceux et celles qui hésitent à briser la glace pour reprendre sa vie en main.

Il y a toujours des séquelles certes, mais je suis libre et plus jamais personne n’aura ma peur, j’en fais la promesse.

Numéro utile : le 3919, appel gratuit et anonyme
Stop violence femmes

Photos : Pixabay, Freeimages

A propos de Sandra

Bientôt trentenaire mais toujours fan de maquillage, coiffure, thriller psychologique et de pâtisserie ! J'écris souvent sur le thème des relations, de l'amour ou de la famille pour partager mes expériences et surtout rassurer les lectrices : OUI on peut finir par trouver le bonheur :)

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