The Danish Girl, un film d’un genre spécial

Une démarche chaloupée sous une robe de soie verte, un trait de rouge à lèvre, deux yeux d’un bleu glacé, le geste délicat d’un poignet, une caresse dans le cou, un large sourire enfantin… The Danish Girl est une ode à la féminité ! Mais une féminité d’un genre tout à fait particulier. Lili Elbe est une femme « emprisonnée » dans le corps d’un homme et la première personne à avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle en 1930.

Le film, à l’affiche en France, depuis le 20 janvier dernier, retrace la vie et le combat de cet être singulier perdu au milieu d’un monde qu’il dédaigne, en tant qu’homme et qui ne la comprend pas, en tant que femme. C’est une œuvre magnifique à découvrir dans l’ambiance intime et feutrée des salles les plus sombres…

Une histoire prenante

Noté 4,2/5 sur Allociné et 70% sur Rotten Tomatoes, nommé à la prochaine cérémonie des oscars pour son premier rôle masculin, son second rôle féminin, ses costumes et ses décors, The Danish Girl est un film américano-britannique-allemand, coproduit et réalisé par Tom Hooper (Le Discours d’un Roi, Les Misérables) et basé sur un livre du même nom de David Ebershoff, publié en 2000.

Il retrace, de manière biographique, la vie de Lili Elbe, née Einar Wegener, en 1882, à Vejle.

Au début du film, Einar (Eddie Redmayne) est un peintre danois qui est parvenu à se faire un nom à Copenhagen, grâce aux représentations mélancoliques des paysages gris de son enfance. Dans le même temps, sa femme, Gerda (Alicia Vikander), peintre elle aussi, ne parvient pas à percer. Portraitiste appliquée, elle n’est pas dénuée de talent mais elle ne semble pas encore avoir trouvé le bon modèle.

Un jour, une amie du couple, une danseuse de ballet, qui pose pour Gerda, a du retard. C’est ainsi que cette dernière demande à son mari d’enfiler les bas de la danseuse et de poser en robe de ballerine.

Le phénomène qui se produit alors en Einar est indescriptible. Ses mains tremblent, ses doigts caressent le tissu, son souffle est court.


Einar et Gerda vont, dès cet instant, se livrer à un jeu dangereux. Tandis qu’Einar va de plus en plus se laisser aller à sa transsexualité, Gerda va inventer, pour lui, un rôle sur mesure : celui de Lili, la prétendue sœur Wagener.

Lili, s’avère être, pour Gerda, un modèle hors-norme, spectaculaire, qui va enfin la pousser jusqu’aux derniers retranchements de son art. En parallèle, Gerda va choisir les tenues de son mari, lui apprendre à se maquiller, à marcher, à parler, à agir, à se mouvoir comme une femme. Jusqu’au jour où elle va la/le retrouver dans les bras d’un homme !

La jeune transgenre commence, en effet, peu à peu à comprendre qu’elle n’est, en réalité, pas un homme jouant le rôle d’une femme à l’occasion de quelques soirées mondaines mais, bien au contraire, une femme jouant le rôle d’un homme tout le reste du temps.

Un film éblouissant

On pourra dire ce que l’on veut, the Danish Girl est un film qui est objectivement beau. C’est un carton plein pour le chef opérateur : Danny Cohen. Les lumières d’abord, sont parfois grises, parfois poussiéreuses, parfois éblouissantes, mais toujours justes. Par exemple, il y a une scène où de petites lampes ont été disséminées au ras du sol d’une gigantesque salle de bal, créant un décalage entre de larges voûtes plongées dans les ténèbres et une petite foule de gens « importants » qui grouillent dans la lumière. Ce décalage renvoie très justement à celui qui habite le personnage principal à ce moment.

Pour ce qui est des paysages, les éclairages naturels, sont d’une certaine beauté qui transparait de ci, de là, dans les tableaux d’Einar : une explosion d’or déchirant un ciel fait de nuages noirs, un plan d’un coucher de soleil dans le ciel rose bonbon de Paris, etc.

Niveau décors, il faut compter sur de longues escapades dans une succession de plans représentant les paysages qui ont inspiré la peinture d’Einar, ainsi que plusieurs transitions à travers les rues d’une Copenhague grise, blême, pittoresque, où l’on pourrait presque sentir l’odeur du vent marin venue du port où s’agglutinent les petits bateaux de pêcheurs de toutes les couleurs ou encore l’arôme frais des poissons qui garnissent les étals des marchés.

Le tout est sublimé par une bande son fantasmagorique et irréelle signée Alexandre Desplat.


Mais l’élément le plus remarquable et remarqué du long-métrage de Tom Hooper est (et de loin) son casting.

On connaissait Eddie Redmayne pour son rôle bluffant de réalisme, de sincérité et de justesse de la longue dégénérescence de Stephen Hawking, qu’il campait avec brio dans le film a Theory of Everything, (dernier oscar du meilleur acteur). Cette fois-ci, il parvient à nous surprendre à nouveau. Il suffit d’un geste, d’un mouvement du poignet, d’une posture pleine de grâce pour voir, à travers les traits du jeune trentenaire, même habillé en homme, les éléments caractéristiques de la personnalité de Lili. Une seconde, l’espace d’un moment de doute, Einar réapparait puis s’efface à nouveau.

Pour lui donner la réplique, une Alicia Vikander (Royal Affair, Anna Karénine), pleine de gravité, de dignité et de classe dans ce rôle d’une femme blessée, exemple de courage lorsqu’elle voit son mari se transformer en femme et décide, tout de même de rester à ses côtés jusqu’au bout.

Un formidable duo que le reste de la distribution ne dessert pas. Bien au contraire.

Un portrait avant tout

The Danish Girl est en premier lieu un portrait. Celui d’une femme, née homme, dans une époque où la « perversion » ou la « skizophrénie », étaient communément soignées par l’internement forcé, dans le meilleur des cas ou, le plus souvent, par la lobotomie.

Tout au long de son existence, Lili a dû faire face à l’incompréhension et à l’intolérance des gens de son époque. Au plus elle s’affirmait et adoptait les comportements de son propre sexe, au plus elle provoquait l’incompréhension de son entourage ou de ses médecins.

Deux personnes, cela dit, lui ont permis d’aller au bout de son combat : sa femme Gerda et le médecin qui, un jour, va lui proposer de l’opérer en vue de lui réattribuer son véritable sexe : le Docteur Warnekros (Sebastian Koch).

Lili Elbe a écrit un livre à propos de son histoire. Ce livre en a inspiré un autre, qui a inspiré le film. Ainsi, à bien des égards, l’histoire que nous livre Hooper est romancée. Mais elle est pleine d’espoir et surtout, elle a le mérite de nous raconter le parcours d’un transgenre comme une poignante histoire de courage et de quête de soi. Le film pose sur Lili un regard bienveillant et, en cela, il concourt à montrer l’humain derrière le transsexuel, le cœur qui bat derrière la travestie. C’est un film qui permet de se projeter, de comprendre l’autre, bien loin des vieux clichés éculés ou des caricatures de transsexuels servant à faire glousser le spectateur moyen de la dernière grosse production à la mode.

The Danish Girl est un pavé dans la marre, un hommage au culot, à la force et à la passion de la communauté LGBT dans un monde où les fantasmes, les aprioris et les préjugés vis-à-vis des personnes transgenres n’ont peut-être pas autant évolué que ça depuis les années 30. Du beau cinéma !

Mais plutôt que de t’imposer mon avis, chère cookivore, je te laisse te faire le tien avec la bande-annonce en te conseillant simplement, une dernière fois, de tenter l’expérience. Le voyage en vaut vraiment la peine. 😉

Alors, tu es finalement partie voir The Danish Girl ? Qu’est-ce que tu en as pensé ?
Dis-le nous dans les commentaires !

Gary

A propos de Gary

Étudiant en journalisme et cow-boy de l'espace à mes heures perdues, je suis passionné d'écriture depuis que j'ai l'âge de tenir un stylo. Féministe convaincu, je verse beaucoup dans les questions de genres et d’égalité des sexes. J'espère que mes articles vous feront réfléchir ou vous fileront la patate. C'est pour ça que j'écris. ;)

Un commentaire sur “The Danish Girl, un film d’un genre spécial

  1. Mag

    J’ai vu ce film des ca sortie, je n’étais pas très emballé j’avais peur que le film soit lent.. mais enfaite ils sont parvenue à tenir en haleine les spectateurs

    Répondre

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