Quitter son pays pour mieux réussir : un bon pari ?

Cette année cela fera 10 ans. Dix ans que je suis partie de la Réunion. Pas une minute ne passe sans que je pense à ce que ma vie aurait pu être si j’étais restée là-bas. Parfois, la douleur peut être quasi-inexistante et je peux alors poursuivre ma vie tranquille.

Parfois, lorsque je regarde à l’horizon et que je ne vois pas d’océan, de palmiers et surtout mes proches : je suis si triste. Si nostalgique. Et je donnerai n’importe quoi, pour fouler ne serait-ce une fois le sol de mon île.

Pour les réunionnais une fois que l’on est parti : on est radié. On est à jamais celle qui est partie et qui ne reviendra jamais. Je me rappelle les paroles d’une de mes cousines qui m’avait présenté son fils et qui lui a dit spontanément : « tiens je te présente Sandra, une tante que tu ne verras pas beaucoup, voir plus jamais parce qu’elle n’habite pas ici » c’était sur le ton de la rigolade certes mais je n’ai pas oublié. Certes, j’ai choisi de poursuivre mes études ici, d’y construire ma vie mais cela ne veut pas dire que ce fut une décision facile et irréversible.

Et je me suis posée la question : est-ce que j’aurai eu les mêmes opportunités à la Réunion ? Pourquoi vouloir plus en partant loin ?

Face à ce dilemme, je me suis retrouvée souvent seule. Ne sachant jamais si je faisais le bon choix ou pas de partir et accessoirement de ne pas revenir. C’est tout de même douloureux de quitter cet endroit où tu as grandi, toutes tes habitudes et surtout tous tes souvenirs. Choisir c’est renoncer dit-on, mais je n’ai pas renoncé : j’y retournerai mais je ne vis pas dans cette attente. J’ai juste saisi les opportunités et j’ai fait confiance à ma bonne étoile. Alors, si tu te demandes à quoi cela va te servir de faire des kilomètres ou encore de te séparer de tes proches, je vais partager avec toi ce que cela m’a apporté. Et peut-être que tu ne seras pas totalement convaincu : ça viendra je ne m’en fais pas…

J’ai eu le choix dans mes études et dans mon travail

A la base, si je suis venue ici c’est parce qu’il n’y avait tout simplement pas ma filière à la Réunion. La décision était évidente, il était hors question d’entreprendre des études par défaut : c’est le moyen de se perdre encore plus dans son parcours. Et je dois dire que j’étais très surprise par le nombre d’options possibles, par l’ambiance de l’université et par la grandeur des amphis. J’ai adoré mes années de fac, j’ai beaucoup appris et j’ai pu affiner mon projet professionnel. J’ai décidé de me former le plus longtemps possible quitte à faire des sacrifices afin de m’assurer un emploi qui me plaise à la sortie de mes diplômes. C’était mon premier objectif et il était important pour moi de le terminer correctement. Je ne voulais pas me dire que j’étais partie pour rien et gâcher ma chance de réussir. Maintenant, ça y est. Je suis stable professionnellement et d’avoir effectué mes études en métropole m’a appris avant tout le dépassement de moi-même et surtout à être fière de mon parcours.

J’ai fait de belles rencontres

Sur le plan purement amical cela n’a rien changé. Mes deux plus fidèles amies sont toujours des réunionnaises et je n’ai pas réellement trouvé d’amitiés profondes en métropole. J’ai pourtant croisé de belles personnes avec lesquelles j’entretiens un lien sain et sans histoires comme Windy notre rédactrice en chef et une autre amie blopine. Je n’attends jamais rien des autres mais je suis quelqu’un d’entier. Quand j’apprécie une personne, je ne suis pas du genre timide ou réservée : j’y vais franco et ça passe ou ça casse. J’ai souvent ramassé des morceaux, comme en amour j’ai eu le cœur en miettes et j’ai sans doute brisé des cœurs aussi. Mais lorsque je suis arrivée ici, j’ai appris à être moins exigeante. J’ai lâché du lest et j’ai compris que les gens ne nous aiment pas comme on le voudrait mais plutôt comme ils le souhaitent et connaissent. 

Et puis, j’ai croisé le chemin de celui qui va devenir mon mari dans maintenant un peu moins de 5 mois. Tu me connais, je ne suis pas très romantique et je n’aime pas dire que je ne peux pas vivre sans lui. Je peux très bien vivre sans mais j’ai choisi de partager chaque moment qu’il soit joyeux ou triste à ses côtés. J’ai compris qu’il était temps de construire ma famille, d’avancer dans l’avenir avec confiance même si ce n’est pas dans mon île natale.

J’ai trouvé mon équilibre

Chacun est libre de faire ce qu’il veut et on peut trouver sa voie en restant là où on est. Le tout, c’est d’être en accord avec ce choix. C’est de pouvoir se dire que l’on est à sa place, que ce choix est le bon pour soi et personne d’autre. J’ai mis du temps, 10 ans. Pour me sentir bien avec cette décision. Pour être accomplie, je peux dire que j’ai atteins mon objectif et peu importe ce que me réserve l’avenir, j’ai connu ce point culminant. Ce sentiment d’avoir une vie qui me convient. Ici.

Je n’oublie pas d’où je viens mais je reconnais que pour moi vivre à la Réunion n’est pas une priorité aujourd’hui. Je ne sais pas ce qu’aurait été ma vie mais je ne vis pas dans cette interrogation et encore moins dans cet espoir d’y retourner un jour. J’ai eu l’occasion de retourner y vivre une année après mes études et je me suis sentie différente. C’est un sentiment personnel mais je ne me suis pas sentie à ma place totalement. Je n’arrivais plus à rentrer dans l’ambiance, dans le rythme et surtout plus rien ne me ressemblait. Je ne voulais pas plus mais juste être moi et c’est à cet instant que j’ai pris la décision de repartir.

Je pense qu’à un moment donné ou un autre, il faut savoir faire sa propre opinion de la vie et de partir à l’aventure. J’ai bien profité, j’ai voyagé dans plusieurs continents, j’ai découvert des cultures différentes et j’ai fini par poser mes valises. Ici. J’ai appris à connaître mes limites, mes envies et à faire des choix en conséquences. On ne peut pas tout avoir parait-il mais il est essentiel de réaliser ses rêves, de ne jamais rien lâcher et de prendre des risques.

Et quoiqu’il arrive une partie de mon cœur sera toujours à la Réunion, parce que c’est là où je suis née, où j’ai grandi, où j’ai appris à aimer : c’est là où tout à commencer.

T’es-tu déjà retrouvée dans ce genre de situation ? As-tu quitté ton pays ou à moindre échelle, ta région ? Comment l’as-tu vécu ?

A propos de Sandra

Bientôt trentenaire mais toujours fan de maquillage, coiffure, thriller psychologique et de pâtisserie ! J'écris souvent sur le thème des relations, de l'amour ou de la famille pour partager mes expériences et surtout rassurer les lectrices : OUI on peut finir par trouver le bonheur :)

Un commentaire sur “Quitter son pays pour mieux réussir : un bon pari ?

  1. Windy

    J’ai toujours trouvé ça fort, de réussir à quitter ses racines pour aller autre part. Et je me suis toujours demandé ce que ressentent les personnes qui font ça, surtout très tôt dans leur vie, au moment où il faut se construire. Comme ma maman un peu. C’est vrai que je ne lui ai jamais posé la question, je ne me suis jamais demandée quel était son ressenti par rapport à tout ça. Je pense que comme toi, elle est heureuse ici et qu’elle a choisi ce qui était le mieux pour elle sinon elle ne se serait pas autant battu et serait repartie.
    Par contre, plus le temps passe et plus elle aussi elle se sent moins bien au pays, comme si elle n’était plus vraiment à sa place et pourtant elle y va chaque année ! Pourtant, elle prévoit d’y retourner définitivement, quand tous ses enfants seront assez grands, quand elle pourra enfin se reposer et juste profiter…
    Alors c’est vrai que c’est facile d’être vue comme des « traîtres » qui abandonnent mais comme on aime à le penser, on vit pour soi et non pour autrui donc si pour toi le pari a été gagnant, c’est tout ce qui compte au final !

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *