Debrief : #repealthe19th, le hashtag qui veut retirer le droit de vote aux femmes

On connait l’opiniâtreté des conservateurs américains quant à la préservation de l’intégrité de leur Constitution et en particulier de son deuxième amendement, qui garantit à tout citoyen le droit de porter une arme. Inclination qui se fait beaucoup moins forte, il faut le croire, quand il s’agit du 19ème amendement, entré en vigueur en 1920, qui garantit aux femmes, l’accès aux urnes.

Un hashtag qui réclame l’abrogation pure et simple de cet amendement : le #repealthe19th a, en effet, été relayé, sur Twitter, au cours de la semaine dernière, à la suite d’un sondage d’opinion, qui donnait Trump gagnant dans l’hypothèse d’un suffrage exclusivement masculin.

Le « mot-dièse », comme disent les sieurs de l’Académie, à user les touches de nombre de claviers. Selon le Washington Post, cela dit, son succès est à relativiser.

Un sondage et tout s’emballe

Tout commence mercredi dernier, le 12 octobre, lorsque Nate Silver, l’éditeur en chef de FiveThirtyEight, poste, sur son compte twitter, deux cartes.

La première, montre quel serait, d’après le spécialiste des sondages politiques, le résultat de l’élection si seules les femmes votaient : une victoire écrasante d’Hillary Clinton. La seconde, plus surprenante, donne, en cas de suffrage exclusivement masculin, Donald Trump vainqueur avec 350 grands électeurs contre 188 pour la candidate républicaine.

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Il n’en fallait pas plus pour que le hashtag fasse son apparition, repris, dans la foulée par le Los Angeles Times, qui en amplifie la visibilité.

Le but affirmé ? Retirer le droit de vote aux femmes pour permettre la victoire du champion républicain.

Des tweets choquants, qui viennent s’ajouter a d’autres scandales

Les premiers tweets sont particulièrement violents et plutôt premier degré.

« En fait, les femmes ont été exclues de la politique parce que la politique a été crée par les hommes, comme une alternative à la guerre, un domaine masculin. »

Deplarable Eli

« Abrogeons le 19ème amendement parce que, soyons honnêtes, les femmes vont faire des choix guidés par leurs émotions, ce qui n’est pas du meilleur intérêt. »

Grandpa Lampshade (compte aujourd’hui suspendu)

Ces tweets sont, en un sens, le reflet de l’attitude générale du candidat républicain et d’une partie de son électorat à l’égard de la gente féminine.

Rappelons que Donald Trump est en mauvaise posture depuis la diffusion d’une vidéo où il tient, à l’occasion de ce qu’il qualifie de « discussion de vestiaire », des propos sexistes et dégradants concernant notamment Arianne Zucker, une actrice de Days of Our Lives. Dans le même temps, une seconde vidéo et des accusations d’attouchements sexuels de la part de plusieurs femmes ont terminé de l’accabler.

Une attitude générale de dénigrement de la femme

Proposer de retirer le droit de vote à toute une tranche de la population dans le seul but de remporter une élection, on peut se questionner sur le sérieux de la proposition. Mais enfin, elle témoigne d’une certaine forme de légèreté, de désinvolture vis-à-vis de la question de l’égalité des droits, voire de la dignité de la femme.

Donald Trump n’en est pas à son coup d’essai en la matière. En avril 2015, il postait déjà sur son compte twitter : « Si Hillary Clinton ne peut pas satisfaire son mari, qu’est-ce qui lui fait croire qu’elle peut satisfaire l’Amérique », faisant allusion à l’épisode Monica Lewinsky.

De manière générale, l’attitude du candidat républicain se caractérise par un mépris certain vis-à-vis des femmes, quand ce n’est pas une misogynie affiché, voire revendiquée.

Le 17 octobre 2012, par exemple, il traite Kristen Stewart de « chienne », sur son compte twitter.

 

Déjà dans son émission de téléréalité, the Apprentice, où une dizaine de candidats s’affrontaient pour avoir le privilège de travailler avec lui (il faut se rendre compte), Trump avait multiplié les allusions et propos dégradants, suggérant qu’une des candidates ferait « une excellente épouse » ou avouant à une autre, ex-playmate, qu’il adorait la voir « à genoux ». Dans son livre How to Get Rich, il écrit même que les victoires féminines de son émission ont « en grande partie » dépendu du « sex-appeal » des candidates, qui ont toutes flirté avec lui, selon ses dires, que ce soit « consciemment ou inconsciemment ».

On reconnait bien, ici, la notion de sexisme en col blanc, bien ancrée dans le monde de la politique et du journalisme et dénoncée, notamment, dans un manifeste, publié par Libération, en mai dernier. C’est cette atmosphère générale où l’on sait que l’on est entre hommes de la « vieille école », où l’on pense qu’une allusion sur le physique d’une collaboratrice ou un sous-entendu à caractère sexuel n’est jamais qu’un compliment forcément flatteur et jamais bien méchant. Cette ambiance de fumoir du 19ème siècle où l’on tolère les femmes, comme une touche esthétique, tant qu’elles ne prennent pas trop de place. De là à les considérer comme des égales ou à leur laisser le rôle déterminent dans une élection présidentielle, il ne faut pas pousser.

Le candidat apparait aujourd’hui, pour beaucoup d’observateurs, comme le symbole de ce vieux milieu machiste des affaires. Rien d’étonnant, alors, à voir émerger ce hashtag sexiste et idiot parmi ses supporters.

Un phénomène à relativiser

Le Washington Post, cela dit, soutien d’Hillary Clinton, souligne, dans un article daté de jeudi dernier (le 13 octobre)  que la visibilité du hashtag #repealthe19th n’est peut-être pas dû à la misogynie des soutiens trumpistes mais plutôt aux réactions choquées de ceux qui dénoncent la démarche.

En effet, selon le quotidien américain, si twitter rend difficile l’analyse de l’apparition et de l’évolution d’un hashtag, une analyse de plus de 1000 tweets postés entre 19h50 et 21h10, mercredi dernier (heure locale) montre que la visibilité du tweet est plus dûe à sa reprise par le Los Angeles Times et par sa dénonciation par des personnes choquées par l’existence même du mot-dièse, comme celui de George Takei, M. Sulu, de Star Trek.

« En réponse à une étude montrant que Trump gagnerait si les hommes seulement votaient, certains de ses supporters tweetent #RepealThe19th. DÉPLORABLE. #WomenSaveUs »

Un phénomène à relativiser donc.

En cas de victoire de Trump, peu d’espoir pour les femmes

Il n’en demeure pas moins vrai que, en cas de victoire du candidat républicain, il y a peu à attendre pour l’évolution des droits des femmes aux États-Unis, un pays où, à poste égal, une femme gagne, en moyenne, près de 21% de moins qu’un homme et où une femme est 11 fois plus susceptible d’être tuée par une arme que dans les autres pays développés.

Si le programme d’Hillary Clinton prévoit de nombreuses mesures pour réduire les violences faites aux femmes et les écarts de salaires, celui du candidat républicain se contente d’évoquer la possibilité d’une limitation de l’accès à l’IVG.

Et toi ? Que penses-tu de ce hashtag ?

Que t’inspire l’attitude générale de Donald Trump vis-à-vis des femmes ?

Gary

A propos de Gary

Étudiant en journalisme et cow-boy de l'espace à mes heures perdues, je suis passionné d'écriture depuis que j'ai l'âge de tenir un stylo. Féministe convaincu, je verse beaucoup dans les questions de genres et d’égalité des sexes. J'espère que mes articles vous feront réfléchir ou vous fileront la patate. C'est pour ça que j'écris. ;)

3 commentaires sur “Debrief : #repealthe19th, le hashtag qui veut retirer le droit de vote aux femmes

  1. Enigma

    C’est vraiment un malade ce mec!

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  2. Adele
    Adele

    CHOQUANT ! Un tas d’insultes envers ces mysogines me sont passés par la tête pendant que je lisais ton article, mais je ne m’abaisserai pas à ce niveau. Non mais sincèrement, comment peut-on encore avoir ce genre de mentalité aujourd’hui ?
    C’est à ces hommes qu’on devrait interdire de voter !

    Et je ne ferai aucun commentaire quant à Trump : on n’a pas besoin de montrer à quel point il est ordurier, il s’en charge très bien tout seul …

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  3. Intox

    C’est vraiment choquant …

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