Thelma raconte… « Le Mensonge derrière Noël »

Jingle bells, jingle bells, décembre est là ! Comme chaque année, les cheminées se rallument, les rues sont envahies par l’odeur des marrons grillés et les pères Noël de supermarché enfilent leurs fausses barbes et leurs costumes rouges et blancs (sérieusement, que font ces gens le reste de l’année ? Depuis l’année dernière, je n’ai toujours pas trouvé la réponse).

Et, tandis que la plupart des gens s’apprêtent à célébrer les saturnales, en décorant de jolis cadavres d’arbres et en se gavant de viande fourrée à la viande, Thelma te propose, en attendant le soir du 24, de faire une petite pause lecture dans tes préparatifs de fin d’année.

Connais-tu l’histoire du tout premier Noël ? Moi non plus. Mais ça ne m’a pas empêché de me baser sur des recherches hautement historiques pour vous pondre une version romancée de la manière dont les choses ont probablement dû se passer (si, si, je vous jure !).

Voici donc, pour toi, chère lectrice, cher lecteur, un bon vieux conte de Noël, de derrière les fagots, signé Thelma, qui, je l’espère, te rappellera ceux que l’on te racontait, au coin du feu, quand tu étais haut comme trois pommes de pains et suffisamment crédule pour croire à tout ce l’on te racontait. En espérant qu’il te permettra de renouer, l’espace de quelques dizaines de minutes, avec cette petite gamine ou ce petit gamin aux yeux brillants, qui se ressassait ses histoires de Noël préférées en attendant la venue du gros bonhomme… Bonne lecture ! 😉

Le Mensonge derrière Noël (1/3)

La clochette tinta et le père Grosjean émergea de ses songes. Tout en s’efforçant d’ouvrir les yeux, il posa ses deux mains énormes sur les accoudoirs du fauteuil usé et tenta de s’extirper de sa place. Ses jambes étaient toutes engourdies. Il frotta sa figure avec énergie, comme pour se réveiller et poussa un grognement de fauve.

Le salon était calme. Un feu tranquille, qui s’étirait dans la cheminée, faisait craquer gaiement son bois, pour le plus grand bonheur des enfants qui jouaient sur le tapis. Le père Grosjean leur jeta un coup d’œil affectueux et, comme il ne se rappelait plus de ce qui l’avait réveillé, il se rassit et tenta de retrouver le sommeil. Un nouveau coup de clochette lui rendit la mémoire. Cette fois-ci, il sauta d’un bond, attrapa son manteau en peau d’hermine et commença à descendre les marches du premier étage, tout en l’enfilant.

Il faisait froid dans la boutique où la chaleur du poêle du premier étage ne parvenait pas.

La clochette sonna deux nouvelles fois.

« Maudits clients, grommela Grosjean, pas moyen d’avoir deux minutes à soi ! »

Il défonça la porte de la boutique, en hurlant, à gorge déployée :

« Me v’là, me v’là, pas la peine de vous acharner sur c’te pauvre sonnette, triple buse ! »

Les jouets, immobiles, qui s’empilaient sur les étagères, adressèrent, au vieil homme, un regard désapprobateur. Les joues des pantins de bois semblaient avoir rougi d’avantage, les figures des poupées en porcelaine, pâlirent encore plus, à force d’entendre de si vilains mots. Les vieux jouets s’étaient entassés comme ils le pouvaient, sur les étagères du magasin, en un joyeux bric-à-brac. Profitant du désordre, certains des pantins tentaient, parfois, de passer leur bras autour de la taille des poupées de chiffon, toutes dodues. D’autres, moins avenants encore, faisaient exprès de se ramasser aux pieds des belles poupées de porcelaine pour essayer de jeter quelques regards fripons sous leurs jupons et leurs robes.

Les joues des pantins de bois semblaient avoir rougi d’avantage, les figures des poupées en porcelaine, pâlirent encore plus, à force d’entendre de si vilains mots.

Le père Grosjean fit quelques pas en direction du comptoir où il découvrit une imposante créature : un hybride, majestueusement dressé sur de gros sabots puissants et de belles pattes musclées. Son poil long et noir s’ouvrait sur un torse imberbe au milieu duquel se croisaient deux cicatrices affreuses. Il avait un sourire carnassier, un nez rouge et de hauts bois de renne. Il s’amusait à faire se promener, entre ses doigts, la clochette de comptoir.

Lorsqu’il aperçut l’énergumène, Grosjean changea d’attitude. Sa colère retomba et il se dirigea, calmement vers lui, tout en finissant de boutonner son manteau.

« Rudolf ! constata-t-il. J’avais totalement oublié notre petit rendez-vous.

– On ne peut vraiment pas compter sur toi, soupira l’hybride, mi-homme, mi-renne. Tu somnolais encore en plein milieu d’après-midi, n’est-ce pas ?

– Pas du tout. J’avais beaucoup à faire à l’atelier. C’est tout !

– Nous allons faire comme si je te croyais. Tu en es toujours au moins ?

– Oui, oui, pour sûr ! Il y a beaucoup d’argent à se faire, m’as-tu dit. Alors tu peux compter sur moi.

– Bien, mon vieil ami, alors, hâtons-nous. Si nous trainons trop à partir, le jour aura fini par se lever avant même que nous ayons atteint la forêt et, pour garantir le succès de notre plan, tu sais bien qu’il nous faut agir de nuit. »

Le renne fit un léger signe de la tête, comme pour dire : « suis-moi » et les deux hommes quittèrent la boutique.

Le père Grosjean avait mis ses bottes de cuir, ses gants, son écharpe et son bonnet, tous verts. Le vent froid du pôle nord fouettait son visage avec férocité. Il souffla dans ses mains et fronça les sourcils. Rudolf lui assena un grand coup amical dans le dos et il lui emboita le pas. Ils suivirent le sentier jusqu’à l’entrée de la forêt. Les sabots de l’hybride faisaient craquer sous leur poids, le gel qui encombrait le chemin. Le père Grosjean, qui était un bonhomme déjà très vieux, s’appliquait à suivre exactement les pas de son ami. Il avait peur de se casser la figure en glissant sur du verglas. Pourtant, l’espace infime d’un court instant, il se risqua à lever la tête pour admirer le spectacle qu’offrait cette belle soirée d’hiver. Au sommet des toits en chaume, où s’étaient établis, par endroits, quelques nids de neige, les hautes cheminées en briques rouges laissaient s’échapper des filets de fumée blanche, qui s’envolaient dans un ciel illuminé d’innombrables étoiles. Grosjean se prit à rêver de pouvoir s’envoler, un soir, au-dessus du village somnolant, pour profiter encore plus de la magie de la nuit.

Au sommet des toits en chaume, où s’étaient établis, par endroits, quelques nids de neige, les hautes cheminées en briques rouges laissaient s’échapper des filets de fumée blanche, qui s’envolaient dans un ciel illuminé d’innombrables étoiles.
Au sommet des toits en chaume, où s’étaient établis, par endroits, quelques nids de neige, les hautes cheminées en briques rouges laissaient s’échapper des filets de fumée blanche, qui s’envolaient dans un ciel illuminé d’innombrables étoiles.

 

à suivre…

Quel est le plan de Grosjean et de Rudolf pour se faire un joli paquet d’or ? Mets tes pronostiques dans les commentaires. 😉

Gary

A propos de Gary

Étudiant en journalisme et cow-boy de l'espace à mes heures perdues, je suis passionné d'écriture depuis que j'ai l'âge de tenir un stylo. Féministe convaincu, je verse beaucoup dans les questions de genres et d’égalité des sexes. J'espère que mes articles vous feront réfléchir ou vous fileront la patate. C'est pour ça que j'écris. ;)

Un commentaire sur “Thelma raconte… « Le Mensonge derrière Noël »

  1. Intox

    C’est excellent Gary ! Je reconnais tes talents :p

    Répondre

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