Terrace House : le badinage à la japonaise

On connait bien, en France, la télé japonaise pour ses jeux capillotractés et ses frasques à la limite du bon goût. Beaucoup moins connu, en revanche, est l’aspect « soft » de cette télévision ; celui qui tente de retranscrire le quotidien de la jeunesse nippone à travers des programmes bien plus sages et supposés être authentiques.

Dans cette lignée, « Terrace House » est un programme de télé-réalité lancé, en 2014, par le groupe Fuji Television et dont la deuxième saison, « Terrace House, boys and girls in the City », est diffusée, en exclusivité, sur Netflix. On y suit le quotidien de six jeunes adultes, aux personnalités et aspirations diverses, qui tentent de s’extirper du rythme effréné de leur routine tokyoïte, en partageant un appartement type loft, mis à leur disposition par la production. Ils peuvent sortir et rentrer quand ils le souhaitent. Ils poursuivent leurs études ou leurs carrières sans avoir à se plier ni aux exigences d’une quelconque « voix », ni à la course aux bonnes grâces du public pour éviter l’élimination. Le véritable but de l’émission ? Apprendre à se connaitre, badiner et, peut-être, trouver l’amour. Une tâche délicate dans un pays où le recul du mariage et la baisse de la natalité sont devenus des sujets de premier plan dans le débat public.

Une téléréalité soft et intelligente

Makoto laisse un message sur le mur d’entrée de la maison avant de partir (très tôt) à son entrainement. (Crédit image: capture d’écran Netflix)

Il est tôt, ce matin-là, lorsqu’un jeune homme de 21 ans écrit un message, à la craie, sur le mur bleu de l’entrée. « Je suis parti m’entrainer. Makoto ». Peu de temps après, les trois filles de la maison déjeunent ensemble tandis que Tatsuya, le coiffeur, discute d’elles avec ses collègues du célèbre salon de la marque blast, à Daikan Yama. Ils sont six, en tout, à vivre dans cette maison de Tokyo : trois garçons et trois filles. Ils ont entre 21 et 27 ans et ils s’appellent Makoto Hosegawa, Minori Nakada, Yuki Adachi, Mizuki Shida, Tatsuya Uchihara et Yuriko Hayata. Ils sont, respectivement, sportif, étudiante et mannequin, professeur de claquettes, employée de bureau, coiffeur et étudiante en médecine.

« -Tu vas faire quoi demain ? -Étudier. -Mais c’est les vacances d’été ! -Oui. » Un des dialogues (surréalistes pour une téléréalité), que l’on peut entendre dans Terrace house. (Crédit image: capture d’écran Netflix)

La grande force de Terrace House, la téléréalité à laquelle ils participent, c’est qu’elle a décidé de prendre le chemin inverse de ce qui se fait, en France, depuis le Loft et fait le choix de filmer la réalité de ses participants plutôt que de leur en crée une nouvelle. Ici, pas de « candidats » ni d’éliminations mais des colocataires qui échangent « leurs ambitions » afin « de pouvoir s’encourager et donner un sens au fait de vivre ensemble ». Pas de jeux ou épreuves imposées par une voix ni de « mariage » ou de « castings » organisés par la production mais un quotidien de six jeunes, se voulant le plus proche possible du réel. En guise de Benjamin Castaldi, une joyeuse bande de trentenaires « dans le vent » et un lycéen de quatorze ans, tranquillement installés dans un salon pour discuter, comme des amis, des scènes que leurs interventions entrecoupent. Comparé à tout ce qui se fait, un peu partout dans le monde, Terrace House est une téléréalité soft et plutôt intelligente. Une émission gentillette, dont le but est d’aider de jeunes adultes dynamiques à trouver l’amour.

L’amour comme cause nationale

Les commentateurs ont beau jurer et rejurer, à chaque début d’émission que « ce n’est pas scénarisé », on a quand même un peu de mal à y croire. Il ne s’agit, certes, que de simples suppositions mais, que ce soit le bon rebondissement au bon moment, la confession que l’on attendait pas ou l’instant tendre et romantique filmé en bi-cam, de manière utra-intrusive, certaines séquences sonnent relativement faux. En tout cas, ce qui semble certain, c’est la sincérité de la démarche des créateurs du show. La volonté d’inséminer dans le quotidien de la nouvelle génération nippone le goût du flirt et l’habitude du badinage courtois. Une tâche qui est loin d’être anodine dans une société où le poids des traditions, le culte de la carrière avant tout et l’incroyable pression exercée sur les femmes sont quelque uns des facteurs qui ont conduit à une baisse vertigineuse des naissances, voir à une raréfaction des rapports sexuels au sein des couples. Dans la droite lignée d’initiatives citoyennes et de campagnes gouvernementales, Terrace House est un de ces programmes, qui semblent vouloir réconcilier les japonais avec l’amour, sans pour autant brusquer leurs habitudes.

Uchi et Minori, en plein rendez-vous galant. Pudeur japonaise oblige, on ne s’embrasse pas et on ne se tient pas la main. (Crédit image: capture d’écran Netflix) 

La drague à la japonaise

L’émission, au final, est une image, parmi tant d’autres, de la société japonaise dans tout ce qu’elle a de plus complexe. La lubricité surjouée des commentateurs contraste avec la lenteur et la timidité des approches au sein de la maison. Les remarques et observations sexistes, héritées de la tradition, entrent en contradiction directe avec certains discours progressistes des candidats. La fougue de la jeunesse doit composer avec l’extrême pudeur nippone. Il ne faut pas compter sur le fait de voir un baiser face caméras ou même deux personnes se tenant la main. La drague, ici, est à la fois sage et bon enfant. Digne d’une téléréalité à échelle humaine. Un retour salvateur à la simplicité dans une course folle au plus trash, au plus sensationnel et, bien des fois, au plus gras et au plus vulgaire, y compris au sein de la télévision du pays du soleil levant. Une émission feel good, qui rappelle l’innocence et le frisson des premiers amours et des flirts d’adolescents.

 

Alors, ça y est, tu t’es mis(e) à Terrace House ? Qu’est-ce que tu en as pensé ? Dis le nous dans les commentaires ! 😉

Gary

A propos de Gary

Étudiant en journalisme et cow-boy de l'espace à mes heures perdues, je suis passionné d'écriture depuis que j'ai l'âge de tenir un stylo. Féministe convaincu, je verse beaucoup dans les questions de genres et d’égalité des sexes. J'espère que mes articles vous feront réfléchir ou vous fileront la patate. C'est pour ça que j'écris. ;)

2 commentaires sur “Terrace House : le badinage à la japonaise

  1. Windy

    Cette TV réalité a l’air franchement pas mal, venant du Japon et des émission étranges qu’ils nous balancent, ça fait du bien !

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  2. Intox

    Ah, j’ai commencé à regarder et j’adore ! Comme les résumés Netflix sont un peu nul (il faut l’avouer ils vendent pas leur catalogue) je croyais que c’était un autre drama et je ne l’avais pas mis en priorité dans ma liste. J’ai corrigé ça après avoir lu ton article 🙂

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